Récit de changement

L’histoire d’Adama : le jardin de la victoire

Sénégal

Dès les premiers instants de ma vie, le chemin s’annonçait difficile, mais si le malheur m’a trouvée de nombreuses fois, il n’a jamais tari l’espoir qui m’a donné la force de continuer.

Je m’appelle Adama Sow. Je suis née au sein d'une famille victime de la lèpre. Nous vivions dans un quartier confiné dédié aux personnes de notre condition à Fadiga, au Sénégal. Ma mère a perdu l’usage de ses membres supérieurs à la suite de cette maladie et j’ai rapidement dû prendre le relais aux côtés de mes sœurs pour assurer les responsabilités du foyer.

Le jour où j'ai dû quitter l'école

Malgré mes charges familiales, je n’ai jamais cessé de me dédier avec assiduité à mes études. L’école était pour moi la promesse d’un avenir meilleur. En troisième secondaire...la réalité m’a pourtant cruellement rattrapée : je devais quitter mes livres, mes dictées et mes calculs. Ma famille avait de plus en plus besoin de moi pour subvenir à nos besoins.

Dans notre milieu stigmatisé, nous n’avions pas beaucoup d’options pour trouver de l’argent. Alors, j’ai commencé à ramasser du bois pour le vendre afin de récolter quelques sous. Au bout d’un certain temps, on m’a mariée à un homme de la famille. J'ai dû quitter mon village, mes sœurs, mes parents pour aller vivre à Dakar et travailler comme domestique de maison. La vie semblait vouloir me tirer loin de mes rêves...

Une terre à apprivoisée

Après quelques années, j'ai eu un, deux, puis un troisième enfant. C’est à ce moment que mon mari a décidé de nous abandonner. Quelque chose s’est alors réveillée en moi, quelque chose de puissant et qui sommeillait depuis des années : la résilience. Au lieu de me laisser aller à ma réalité qui venait encore davantage s’alourdir, j’ai décidé de reprendre le contrôle de ma vie, d’en devenir l’héroïne. Je suis retournée à Fadiga, auprès de ma mère handicapée, et j’ai commencé à exploiter les parcelles de terres maraîchères d’oignons, de menthe et autres légumes qu’elle possédait.

Mais la tâche s’est avérée plus dure que je ne le pensais...Nos récoltes restaient faibles, insuffisantes et les journées m’épuisaient. Si au moins mes efforts avaient été fructueux!

Le jour où l’organisation Kédougou Encadrement Orientation et Développement Humain- KEOH est venu nous rencontrer, moi et d’autres femmes du village, le vent a commencé à tourner. Depuis plus de 20 ans, cette organisation autonome à but non lucratif travaille notamment dans la promotion des droits des femmes, des enfants et des jeunes, de l’éducation, de la santé, de la sécurité alimentaire et de la gouvernance démocratique dans la région de Kédougou. Avec l’accompagnement de KEOH, financé par des fonds thématiques du Programme de coopération volontaire (PCV) du CECI, nous avons participé à des formations pratiques, notamment sur la fabrication de compost, la production de biopesticides et la mise en place de pépinières de moringa, ainsi qu’un accompagnement technique assuré par des volontaires. C’est comme si je retournais sur les bancs d’école! Je m’abreuvais de ces nouvelles connaissances avec la hâte de plus en plus prenante de les mettre en pratique.

Nos récoltes sont alors passées d’une à trois par semaine! C’était tellement encourageant de voir cette évolution. Ce rendement nous a permis d’améliorer notre quotidien. Avec ces nouveaux revenus, j’ai fait construire trois nouvelles chambres dans ma maison familiale et deux autres sont déjà en route! J’ai fait faire quelques changements également pour que ma mère puisse mieux vivre sa condition physique. Avoir amélioré notre jardin a véritablement changé notre vie!

Pour moi, c’est une grande victoire face à mon passé. Je suis plus confiante en moi-même et en l’avenir. Je pense même bientôt ouvrir une boutique de vente de légumes devant chez moi afin de développer mon activité. J’espère que mes enfants pourront en bénéficier. Je voudrais qu’ils poursuivent des études profitables qui les mèneront loin. Autour de moi, d’autres femmes, des voisines, des amies, mes sœurs, se sont aussi épanouies grâce à cet accompagnement et cela m’emplit de bonheur. Sur nos visages, vous pouvez toujours lire la route sinueuse que nous avons dû emprunter, mais il y a quelque chose que vous ne verrez pas : c’est d’avoir abandonné.

La vie est maintenant plus douce et je ne peux m’empêcher de lui sourire avec gratitude.

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