

Nouvelle
Récit de changement
Dans notre riche région de Kouandé, au Bénin, le paysage est partagé entre savanes et forêts riveraines abritant des essences d’arbres précieux. La biodiversité, abondante et florissante, représente un potentiel immense pour les communautés locales. C'est dans cette nature privilégiée que notre village, Papatia, l’un des rares à être majoritairement occupé par des femmes, gardiennes de pour la survie et l’équilibre économique de la communauté, s'épanouie un peu plus chaque jour.
Il n'y a pas si longtemps, malgré la richesse de nos terres, nous, les femmes, devions jongler entre travaux domestiques, orpaillage et ramassage de sable pour joindre les deux bouts… jusqu’au jour où la nature nous a offert une voie royale vers l’autonomie: l'apiculture. D'abord clandestine et réalisée sans autorisation officielle, cette activité s'est rapidement avérée lucrative et incroyablement gratifiante.
Telles des nourrices attentives prodiguant des soins aux nouveaux-nés d’une pouponnière, être apicultrice nécessite minutie, endurance et assiduité. Comme la plupart d’entre nous sommes mères et épouses, nous devons partager notre vigilance entre les soins accordés aux ruches, l’attention portée à nos enfants et la participation aux travaux agricoles dans les champs de nos maris. Les journées deviennent rapidement éreintantes!
Mais l’adversaire le plus redoutable reste le réchauffement climatique qui provoque des variations de températures nocives à la productivité de nos vaillantes petites abeilles.. Sans compter que la relève est loin d’être assurée. Le nombre de ruches, insuffisant, ne permet pas aux nouvelles recrues du village d’en faire un travail stable. Enfin, nous sommes parfois incertaines de la véritable valeur des produits dérivés que nous produisons tels que, la cire et la propolis, et des meilleures techniques de récolte et de traitement à adopter pour être rentables. Nos activités bénéficieraient encore d’un peu plus de structure et d'une vision à long terme pour rendre notre commerce durable, étant principalement menées pour l’instant dans une optique de subsistance.

Il y a plusieurs mois, l’organisme non gouvernemental Réseau de Développement des Réserves naturelles Communautaires (REDERC) et le PCV-CECI au Bénin ont investi pour nous aider à devenir actrices de la restauration de notre écosystème. Les femmes peulhs, une ethnie marginalisée, ont été les premières à s’allier pour former un regroupement : WEETI. Les femmes baribas ont emboîté le pas en formant l'association YAAKI BUURA. Ces deux organisations, soutenues par le REDERC, se sont engagées pour la protection de la biodiversité, le bien-être économique et la protection environnementale de la commune. Leurs actions ont enclenché un effet multiplicateur et deux groupements supplémentaires ont vu le jour.
Grâce une formation approfondie aux techniques de production de miel, l’apiculture n’est plus perçue comme un travail complémentaire à tout le reste, mais comme notre activité centrale la plus lucrative! L’élevage partagé des abeilles génère une solidarité et une entraide parmi les travailleuses qui nous permettent de collaborer efficacement pour optimiser le processus d'installation et de colonisation des ruches.

C’est grâce à cet esprit de collectivité que la ruche de madame Kora, guérisseuse et apicultrice, a pu être sauvée en août 2024. Alors que des boeufs transhumants avaient renversé et endommagé ses colonies d’abeilles, nous avons été plusieurs apicultrices du quartier à s’être mobilisées pour les remettre sur pied, répondant en coeur à l’appel à l’aide de madame Kora. De cet épisode est né le Comité de gestion communautaire des ruchers qui vise à prémunir l’ensemble de la zone apicole des dégradations provoquées par les animaux en divagation.
Peu à peu, la transformation s’accélère et les consciences environnementales et économiques s’affinent. Nous délaissons les feux de brousse, qui servaient jusqu’alors à piéger de petits animaux durant la chasse et à dégager la végétation pour des productions végétales, au profit de l’installation de ruches qui permettent de mieux préserver la biodiversité et de profiter d’une économique durable. D’autre part, les opportunités que nous offre le miel ont ranimé l’espoir d’un meilleur lendemain et la confiance en nos capacités. Je rapporte les mots pleins de fierté de ma voisin Soule Baké, 45 ans, apicultrice et mère de 7 enfants, que je trouve très justes :
Chaque matin, je vois Soule s’approcher de ses ruches avec une tendresse mêlée de respect pour ce cadeau offert par la nature. Là où d’autres n’y voient que des insectes, elle y voit des partenaires, des alliées fragiles, mais puissantes. Comme pour nous toutes, sa fierté ne vient pas seulement de l’or sucré qu’elle récolte, mais de ce lien invisible qu’elle tisse jour après jour avec nos petites ouvrières.
Cette activité est réalisé dans le cadre du Programme de coopération volontaire du CECI financé par le Gouvernement du Canada.
