

Nouvelle
Il est 5h du matin. Nous, les femmes du village de Tamarou, niché dans une savane parsemée d’arbres à karité, profitons de l’aube fraîche pour débuter notre journée de travail, car, dans quelques heures, la chaleur sera suffocante, nos tuniques seront trempées et nos doigts raidis par le labeur…
Mais le sacrifice en vaut la peine pour lui, le karité, cet arbre majestueux aux multiples bienfaits, un emblème qui évoque la tradition et…l’avenir dans la région. Plus de 500 000 Béninoises lui consacrent chaque année leur ardeur, vendant ses fruits patiemment récoltés ou les transformant en beurre. Même si elles peuvent être éreintantes, chaque étape du processus est un accomplissement. Notre peau brûlée par les déplacements en pleine canicule, les courbatures dont on écope lors du ramassage et du transport de lourdes charges, rien ne freine notre motivation des karitécultrices, fières protectrices de cette précieuse ressource.
La prospère filière de karité représente en effet des milliers d’emplois pour les collectrices comme moi et les transformatrices d’amandes, les fruits du karité. Nous consacrons souvent plus de 35% de notre salaire au bien-être et aux besoins de notre famille. Les 65% restants sont gérés à notre guise, preuve d’une autonomie financière durement gagnée.
Depuis quelques années, nous déplorons toutefois le péril qui guette notre fleuron de verdure : le défrichage de nouvelles terres et les feux de brousse freinent sa régénération naturelle. Imaginez un parc abritant des centaines d’arbres qui déploient vers le ciel leur ramage de feuilles vert citronné disposées en rosaces. Ils semblent si solidement ancrés dans la terre qu’on ne pourrait imaginer qu’un grand nombre d’entre eux puissent être si facilement abattus.

La majorité des réserves importantes sont aujourd’hui en état de destruction avancée, avec seulement un tiers des ressources en karité encore disponibles, ce qui réduit la production d’amandes et de beurre. Pour nous, les femmes, c’est une perte de revenus accablante et le goût amer d’un incessant retour en arrière.
Animés par le désir de protéger ce trésor national, le programme de coopération volontaire (PCV) du CECI s’est associé avec la Fédération Nationale des Productrices d’amandes et de beurre de Karité (FNPK) pour mettre en marche le projet « Action pour les Parcs à Karité ». Cette initiative vise à réduire l'impact du déclin des populations d’arbres à karité. 10 femmes du village de Tamarou dans la commune de N’Dali, membre de la FNPK, ont été formées aux techniques de régénération, de greffage et de gestion des arbres à karité. Confiantes en nos capacités ainsi renforcées, nous avons généré pas moins de 1 000 nouveaux plants de karité soignés, entretenus, avec la même attention qu’on prodiguerait à nos nouveau-nés. De jeunes pousses qu’on s’applique à faire grandir en vigueur et en beauté.

Chab Gon Azaratou, qui autrefois devait se contenter de travailler les excédents de karité rejetés par les hommes kariculteurs, a découvert un pouvoir qu’elle ne pensait jamais détenir. « Maintenant, les arbres que nous plantons nous appartiennent », dit-elle, le regard enhardi. « Nous sommes désormais capables de créer des pépinières, de greffer et de repiquer nos propres plants. »
Pour cette collectrice expérimentée, le karité, c’est la promesse d’une vie meilleure pour elle, pour ses enfants et une place dans les prises de décisions. Chab Gon Azaratou rêve que l’industrie mondiale du karité prenne de l’ampleur et pour y arriver, elle sait qu’elle devra continuellement développer de nouvelles techniques, toujours plus performantes. Et c’est très bien ainsi, car c’est la preuve qu’elle et moi faisons partie d’un mouvement, d’un héritage que nous construisons pour les jeunes filles qui nous succéderont.
Cette activité est réalisé dans le cadre du Programme de coopération volontaire du CECI financé par le Gouvernement du Canada.
