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Dans les départements du Sud et de la Grand'Anse en Haïti, des communautés agricoles reboisent des terres dégradées pour mieux faire face aux changements climatiques. Retour sur quatre ans d'actions du projet KLIMA Grand Sud.
Des terres que l'on croyait perdues
Dans les communes de Moron, Port-à-Piment et Chardonnières, la dégradation des sols était une réalité quotidienne. Après des années de pression sur les ressources naturelles, de dégradation liée aux aléas climatiques et les impacts de l'ouragan Matthew en 2016 puis du séisme de 2021, des milliers de familles voyaient leur terre s'éroder sous leurs pieds.
De janvier 2021 à septembre 2024, le projet KLIMA Grand Sud a pris le pari du reboisement durable, combiné à la création d'activités économiques viables. Au total, 386 hectares de forêts énergétiques durables ont été implantés sur des parcelles fortement dégradées, mobilisant plus de 3 600 personnes, producteurs-trices, et autorités locales.
La nature reprend ses droits
Les résultats sont visibles : repousse spontanée de l'herbe, réduction de l'érosion, retour de la faune. Environ 1 500 agricultrices et agriculteurs bénéficient directement de ces forêts. Parmi eux, Jean Mertus, exploitant à Port-à-Piment, qui avait presque renoncé à sa parcelle :
« Je disais la tè pa bay ankò (la terre ne produit plus) [...] Au bout de deux années d’appui du projet, les signes de récupération du sol sont encourageants. Ma parcelle est mieux protégée contre l'érosion, les feuilles mortes tombent et se transforment en fumier, donc de la matière organique. Par ces interventions, l'espoir revient sur ma parcelle. »
La technique du reboisement par semis direct, désormais maîtrisée localement, ainsi que la construction de 10 meules améliorées (30 % plus efficaces que les fours traditionnels) ont permis d'augmenter les revenus tout en réduisant la pression sur les forêts naturelles.
De plus, huit mini-sites de compostage ont été mis en place et 635 personnes ont renforcé leurs compétences en valorisation des déchets organiques.
Moins d'émissions, plus de résilience
Sur la durée du projet, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est estimée à 1 757,5 tonnes de CO₂ équivalent. Sur 20 ans, les interventions du projet pourraient permettre de séquestrer près de 43 000 tonnes de GES, entre les forêts énergétiques durables implantées, les puits de carbone et les émissions évitées grâce au compostage et à la transformation écoénergétique du bois.
Des femmes au cœur de la transition
Le projet a veillé à ce que les femmes soient pleinement intégrées aux dynamiques de résilience climatique. Quarante femmes ont suivi une formation en entrepreneuriat écologique et cinq micro-entreprises spécialisées dans la valorisation des déchets organiques ont été soutenues, dont plusieurs portées par des femmes.
Un modèle ancré dans les réalités haïtiennes
À Kouwo, Fleuri observe aujourd'hui sa montagne reverdir là où plus rien ne poussait. Sa parcelle, autrefois abandonnée, est devenue une ressource pour l'avenir :
« Quand je me tiens de l'autre côté et que je regarde le sommet de la montagne, je souris : je n'aurais jamais cru qu'elle pourrait un jour porter des arbres. »
Pour Innose, les changements ont eu un impact pour elle, mais aussi sur toute sa famille :
« Maintenant que ma terre est reboisée, [...] on peut vendre du bois et s’en servir pour produire du charbon écoénergétique avec mon époux. [...] Grâce au projet KLIMA, on est enfin en mesure de permettre à nos enfants d’aller à l'école. »
Le projet KLIMA Grand Sud démontre qu'il est possible de concilier restauration écologique, réduction des émissions et développement économique local. Mis en œuvre en consortium par le CECI et Viridis Terra International (VTI), avec l'appui de partenaires locaux en Haïti, il a été rendu possible grâce au financement du gouvernement du Québec.